Yanoshevsky, Galia. 2003. « De la Polémique à la Polémique Journalistique », Grevisse, Benoît & Annick Dubied (éds). Recherches en Communication 20, « La Polémique Journalistique » (Louvain-la-Neuve : Université catholique de Louvain), p. 53-63.

Résumé

L’auteur se propose de rechercher les caractéristiques du discours polémique en général et, s’il y en a, de retrouver les particularités de la « polémique journalistique ».

Le discours polémique reposerait sur des données paradoxales, car d’une part il faut à deux interlocuteurs une base commune pour pouvoir lancer un débat, mais de l’autre, leurs discours se confrontent et s’affrontent, chacun essayant de discréditer son « adversaire ». Il y a une manipulation du discours de l’autre, voire une falsification. Un autre aspect paradoxal de ce genre de discours réside dans le fait que bien qu’étant par définition « hérétique » (la Rhétorique ayant « toujours eu une conception négative de la parole polémique »), il obéit cependant à des règles bien délimitées. Il est « ritualisé et codifié ».

L’auteur indique un dernier trait distinctif du discours polémique. Il est « monstratif », c’est-à-dire que l’échange entre deux interlocuteurs polémistes s’adresse toujours à un tiers. Cet aspect devient d’ailleurs plus marqué dans la polémique journalistique. Ce caractère « monstratif » de la polémique trouve tout naturellement son support dans les médias, tant oraux qu’écrits. Selon C. Kerbrat-Orecchioni, citée par l’auteur, la polémique de nos jours serait « un débat politique vif et agressif, qui est mené sur les ondes, ou à l’écrit, dans les média ».

Un « double aspect » de la parole polémique c’est qu’elle essaye de maintenir « l’équilibre entre l’exigence de la liberté d’expression », tout en respectant cependant les « exigences du lien social ».

Dans le discours polémique journalistique, outre le débat obligatoire entre deux adversaires – débat plutôt destiné à un tiers que construit dans le but de persuader son interlocuteur, le journaliste occupe soit une fonction de médiateur, soit fait activement partie du débat. Il peut donc jouer plusieurs rôles : relayer l’information de manière objective, ou étayer sa propre opinion pour le public tout en présentant des avis opposés.

Les différents rôles que peut jouer le journaliste en cas de polémique seraient donc les suivants :

-          il est l’intermédiaire, objectif et impartial par définition, par lequel l’information est présentée au public ;

-          il peut devenir médiateur : il aurait donc une fonction d’arbitre, de négociateur entre des partis opposés ;

-          il devient plus impliqué s’il agit en tant qu’interprète : c’est-à-dire qu’il explique à un auditoire externe, par ses propres mots, les positions des adversaires, ce qui risque de conduire à un manque d’impartialité ;

-          enfin, le journaliste abandonne sa position de témoin objectif lorsqu’il devient le porte-parole d’une des parties adverses. Il s’agirait ici d’un journaliste engagé.

Le journaliste peut adopter plusieurs modes d’action, allant du simple « compte-rendu », passant par la modération d’un débat (l’ « arbitre ») ou la provocation, jusqu’à la prise de position en rejoignant l’un des partis contre l’adversaire, mais il s’agit des « types-idéaux » : les choses s’avèrent comme étant plus complexes dans la réalité.

Résumé : Maria Brilliant