Thoveron, Gabriel. 2003. « Débat et Polémique dans l’Histoire des Médias », Grevisse, Benoît & Annick Dubied (éds). Recherches en Communication 20, « La Polémique Journalistique » (Louvain-la-Neuve : Université catholique de Louvain), p. 19-35.

Résumé

Historique de la presse, et de la polémique dans la presse, à partir des « feuilles volantes » (ancêtres des premières gazettes), puis des « petits livrets » dans lesquels, sous François 1er, « la guerre à coups d’épée se complétera d’une guerre à coups de libelles », jusqu’à la « presse artisanale » puis la « presse industrielle » de notre ère, la radio et la télévision, en passant par les journaux sous la Révolution Française, sous le Directoire, et la presse d’opinions au XIXe siècle.

De fait, « les grandes révolutions du XVIIIe siècle proclament la liberté de la presse », permettant d’appliquer un idéal démocratique où « l’échange de paroles et de rationalité à plusieurs est la forme légitime » des rapports dans une démocratie. Or, le débat devient vite plutôt passionné que rationnel, et « tend à devenir combat ». Balzac écrivait déjà que quoi que fasse le Gouvernement, l’opposition doit « y trouver à redire, à blâmer, à gourmander », tandis que le rédacteur ministériel « est tenu de le défendre ».

« La presse d’opinion attise les passions. Elle est violente. » Souvent d’ailleurs, elle oscille entre politique et littérature, compensant « l’audace de fond par la qualité de la forme ». Le journal d’opinion dit au lecteur « ce qu’il pense, ou même souvent ce qu’il doit penser ». L’affiche entre dans le débat également, vers la fin du XIXe siècle. Comme la presse, elle argumente, et son langage scriptovisuel parle à tous : « partisans, indécis, et même adversaires ».

Avec les progrès techniques de la fin du XIXe siècle, les tirages deviennent extrêmement plus élevés, et les journaux se doivent d’être rentables. Aussi, les affaires prennent-elles le pas sur les idées, car il faut toucher le grand public. « Heurter un lecteur, c’est risquer de le perdre ». L’objectivité devient le mot d’ordre ; il ne s’agit plus de dire au lecteur ce qu’il doit penser, « mais de lui donner les éléments propres à lui permettre de penser par lui-même ».

A la fin de la seconde guerre mondiale, certains croyaient pouvoir « sonner le glas des idéologies », et la télévision transforma la communication en spectacle, où des tribunes spécialisées mettaient en scène des débats politiques, culturels ou sociaux. Par une évolution de recherche du divertissement, la parole y est de plus en plus souvent donnée à de simples citoyens, à qui le seul fait d’avoir un auditoire confère une certaine légitimité. Parallèlement se développent les débats entre hommes politiques de bords différents qui « refoulent leur agressivité », pressentant que les personnalités ont plus de chances de plaire au public que les idées parfois dérangeantes qu’ils auraient pu leur proposer. « On est dans un monde où la volonté de séduction, disons le racolage, remplace l’essai de persuasion ».

La presse écrite tente de s’aligner sur la télévision, et sans être aussi spectaculaire, elle devient du journalisme « magazine », où tout est présenté en vrac, où les frontières entre les différents types de discours ont été gommées, pour être presque plus une presse de loisir qu’une presse d’information et de création d’opinions.

Résumé : Maria Brilliant