ROGER, Alain (1985), « Polémique et philosophie », dans Georg ROELLENBLECK et al., Le discours polémique. Aspects théoriques et interprétations, Tübingen/Paris, Gunter Narr Verlag/Editions Jean-Michel Place, p. 9-16.

Approche : philosophie

Réflexion générale sur les « rapports qu’entretient l’histoire de la philosophie avec la polémique, au sens étroit, et technique, d’une « dispute par écrit », mais aussi avec le polemos dans son acceptation la plus large, c’est-à-dire le conflit, la violence et la contradiction ». Alain Roger interroge la posture énonciative des « nouveaux philosophes », héritiers de Nietzsche quant au style, et propose à la lumière de Kant et de Hegel une autre manière d’intégrer le négatif.

Résumé par Dominique Garand.

Dans la bibliographie annotée sur le et la polémique, en fin de l’ouvrage : « Etats du Polémique », sous la direction de Annette Hayward et Dominique Garand, Canada, Ed. Nota Bene, 1998.

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Rapports de l’histoire de la philosophie avec la polémique (« dispute par écrit »), et avec le polémos (« le conflit, la violence et la contradiction »).

A première vue, il semblerait que les termes de « philosophe » et de « polémique » soient incompatibles, le philosophe étant supposé aimer la sagesse et dénoncer la violence. Cependant, « il reste que le refus de l’éristique est lui-même polémique ». L’auteur invoque Socrate qui, ironiquement, aurait préféré le mariage et la mort pour démontrer « ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on est philosophe ». Puis Descartes, qui se retira pour éviter les condamnations auxquelles étaient exposés ceux qui bousculaient l’ordre établi (Galilée), mais la polémique continua de manière un peu moins publique, surtout dans les correspondances entre penseurs.

Depuis la Grèce antique, il semble que les philosophes aient toujours pensé « contre » : chacun contre un qui le précédait. Mais l’on peut distinguer entre eux deux sortes de polémique : l’une, « bien élevée », bien réglée, dans laquelle l’adversaire est considéré comme ayant une place « rhétorique », et l’autre qui est celle des injures et des coups bas (Voltaire, par ex., qui utilisa les deux).

Celui qui remit la polémique philosophique à l’honneur fut Nietzsche. Avec lui, « la polémique devient l’acte philosophique par excellence », bien que dans une conception « agonistique ».

Ceux que l’on a baptisés dernièrement « les nouveaux philosophes » ont compris que l’activité philosophique « a deux dimensions : polémique et publicitaire, qui se rejoignent dans l’activisme journalistique ». Tous, semblent ne plus « penser autrement que polémiquement », contre tout et même « les uns contre les autres ». L’auteur déclare que plus « le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance ». Ce qui l’amène à dire que « jamais, auparavant, la philosophie n’avait à ce point cultivé le narcissisme polémique ». Ces « nouveaux philosophes », anciens maoïstes, n’ont gardé de leur idéologie que l’incapacité de poser un problème autrement que de manière polémique. Ils ne recherchent plus la « vérité », (ce en quoi Nietzsche les avait précédés), mais peuvent tout dire et se contredire, dans une « subversion de salon et révoltes frivoles ».

L’auteur délaisse donc « la polémique » pour se tourner vers le « polémos », le combat, qui devient un concept philosophique. Il s’interroge sur le fait que la philosophie est peut-être née « d’une contradiction insupportable, ontologique, polémontologique » (Socrate prétendant s’être « enfui dans le monde des idées pour échapper aux contradictions du sensible »). C’est avec Kant que « la contradiction pénètre la raison » (Antinomies) : structure « duelle » de la raison, « chaque thèse ou antithèse n’ayant de consistance que par la réfutation de l’adversaire ». Mais sa solution « consiste à renvoyer dos à dos les deux protagonistes ». Pour Hegel, le polémos est non seulement un concept, mais aussi le « moteur » de « l’ontologique », où « la vérité devient son propre drame ».

L’auteur conclut en regrettant que la polémique entre philosophes soit comprise comme un combat, et non comme, ainsi qu’il l’aimerait, « une méthode » de « développement du Vrai », historique et dialectique. Il pense que « le rapport de la philosophie et de la polémique est double » : d’une part, « dispute philosophique », controverses plus ou moins violentes, et de l’autre, « polémique interne, ou intériorisée », en tant que processus de différenciation. Seulement, l’auteur déplore « la dissolution de la philosophie dans les libelles et autres pamphlets ».

                  

Résumé par Maria Brilliant.