LE PREMIER HUITAIN DU TESTAMENT ET LE STYLE POLEMIQUE DE VILLON

Georg Roellenbleck

dans Georg Roellenbleckn Geirg (éd). 1985. Le Discours Polémique. Aspects théoriques et interprétations (Ed. Place, Paris)

 

 

Résumé

 

Approche : stylistique et rhétorique en fonction du genre
        

        Georg Roellenbleck étudie certaines particularités syntaxiques du poème de Villon, entre autres les effets de rupture provoqués par l’anacoluthe et l’opposition. Il met en lumière l’usage polémique que fait Villon du genre judiciaire, qui parfois se mue en invective. Au-delà des antagonismes que présente le texte de Villon, on peut lire une parodisation et une contestation du genre même : Villon fait « éclater la forme littéraire du Testament » et renouvelle ainsi le langage poétique.
       

        Résumé par Dominique Garand.

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        L’auteur avance qu’à tous les niveaux (formes, thèmes, langue et style), le Testament de Villon « est caractérisé par une pluralité qui souvent assume les traits d’une structure d’opposition ». Cette pluralité a longuement été expliquée par la critique, par de nombreuses propositions internes au texte. Or, l’auteur insiste sur le fait que cette œuvre a un style polémique marqué, que ce soit dans le vocabulaire (langue élaborée descendant vers la vulgarité), les phrases courtes, les faiblesses qui appellent « le mépris ou la haine », et tout ceci « organisé exclusivement en fonction de la subjectivité de celui qui parle » : il parle de ses « expériences personnelles » face à ses adversaires.

        Dans l’anacoluthe de la dernière phrase (qui ne se finit pas), qui est « un mouvement syntaxique et stylistique (…) remarquablement adéquat », on relève l’explosion de la haine de Villon. Si certains analystes, au lieu d’y voir « l’expression d’une spontanéité », déclarent qu’il s’agit ici « d’un art conscient », d’autres déclarent que ce style revient plusieurs fois dans le reste du Testament. Si la première anacoluthe témoigne de la haine, la seconde fait partie d’un plaidoyer parodique, et la troisième est « cocasse ».

        Outre l’anacoluthe, d’autres procédés polémiques apparaissent, tels que reprise d’un langage châtié (judiciaire), certaines tournures « dont le sens contraste avec le reste du passage », et présentation des termes en forme d’énumération qui acquiert un sens ironique.

        L’auteur soutient que le Testament de Villon concorde avec la plupart des « formules-charnières » qui figureraient dans tout autre testament littéraire ou juridique, s’intégrant ainsi dans un genre bien déterminé. Cependant, les techniques littéraires dont certaines sont relevées plus haut « sont des techniques de rupture, d’opposition » qui font ressortir « l’attitude stylistique » appartenant au genre mais elles « n’évoquent un cadre donné que pour le détruire et pour faire voir par là la distance du monde officiel… ».

        On peut en déduire que Villon, qui semble réellement s’être tenu à l’écart des grands mouvements littéraires de son époque, en a néanmoins été l’observateur « lucide et moqueur », et en a pris les traits caractéristiques pour les parodier, ou pour les reprendre dans un « jeu subtil d’allusions et de citations ». Une analyse rigoureuse d’une de ses ballades permet de montrer qu’il a parfois utilisé le langage dans sa forme archaïque, afin de donner plus encore l’illusion du temps qui passe (« les neiges d’antan »). L’auteur de l’article en déduit que « les traits stylistiques du poème ne sont pas le résultat ou le reflet d’une situation linguistique encore flottante mais à tout moment le résultat d’un choix conscient ».

        L’auteur conclut par la constatation que ce ne sont « ni la polémique, ni la satire sociale qui constituent l’essence de ce texte, mais cette création précaire qui amorce une nouvelle étape dans l’histoire de la poésie française ».

 

        Résumé par Maria Brilliant.