LA POLEMIQUE EN LANGUE FRANCAISE CONTRE LA LANGUE FRANCAISE (UN ASPECT DE LA FRANCOPHONIE)

Eberhard Müller-Bochat

dans Georg Roellenbleckn Geirg (éd). 1985. Le Discours Polémique. Aspects théoriques et interprétations (Ed. Place, Paris)

 

            Résumé

 

            « Le paradoxe est un vieux procédé de la polémique, tout comme le jeu de mots ».

            Ce n’est pas Bugeaud qui aurait colonisé l’Afrique, mais Molière ! Parce que Molière incarne toute la culture française, par laquelle on a voulu assimiler les peuples colonisés (de même que Shakespeare pour les Britanniques) ; « donner à Molière et à Shakespeare le rôle du colonisateur reste une bonne arme polémique ». Il s’agissait d’une politique « d’expansion linguistique » ; « glottophagie » au lieu « d’anthropophagie ». Cela allait de pair avec l’éradication des langues indigènes. Selon une phrase de Barthes : « Voler son langage à un homme au nom même du langage, tous les meurtres légaux commencent pas là ».

            Le colonisé accepte la langue du colonisateur, et n’a la possibilité de la combattre qu’en l’utilisant. Le colonisé, bilingue, combat sa francophonie en lui avec cette même langue colonisatrice. Il est frappant de remarquer que la polémique dont la langue française fait l’objet, a été pratiquée avec la plus grande véhémence par ceux qui étaient les plus ancrés dans la formation française ». Il s’agit presque ici d’un conflit cornélien : plus le colonisé s’exprime bien en français, contre l’assimilation linguistique, plus la politique d’expansion francophone est réussie…
 

            Résumés par Maria Brilliant.