LYOTARD, Jean-François (1984), Le différend, Paris, Editions de Minuit.

Approche : philosophie du langage

La réflexion de Jean-François Lyotard dans ce livre prend appui sur les œuvres de Wittgenstein pour penser les rapports entre genres de discours et de Lévinas pour penser les rapports entre discours et événement, symbolisé ici par Auschwitz. Il serait impensable de résumer ce livre dont le montage n’est pas systémique mais spéculatif. Pour une théorie du polémique envisagée non pas comme technique, mais comme donné indissolublement lié au fonctionnement du langage, il s’agit toutefois d’un apport essentiel.

On retiendra parmi tant d’autres considérations une distinction opératoire entre tort et dommage, ou entre litige et différend. Alors que le litige est traitable à l’aide du droit positif, « le différend est l’état instable et l’instant du langage où quelque chose qui doit pouvoir être mis en phrases ne peut pas l’être encore ». Ce « quelque chose » est lié à l’événement qui, au sens de Lévinas, est avènement ou irruption de l’Autre en soi. Cette perspective conduit Lyotard à une éthique fondée sur la reconnaissance paradoxale de l’impossibilité de fonder la Loi en raison. Le sujet doit savoir composer avec les antinomies irréductibles qui dérivent du fait qu’aucun genre de discours ne saurait servir de règle aux autres. C’est ainsi que l’enchaînement du discours « n’est pas régi par une règle, mais par la recherche d’une règle ».

Résumé par Dominique Garand,

Dans la bibliographie annotée sur le et la polémique, en fin de l’ouvrage : « Etats du Polémique », sous la direction de Annette Hayward et Dominique Garand, Canada, Ed. Nota Bene, 1998.