KNABE, Peter-Eckhard (1985), « Essai de l’interprétation de la ‘polémique interne’ dans L’Exil et le royaume d’Albert Camus », dans Georg ROELLENBLECK et al., Le discours polémique. Aspects théoriques et interprétations, Tübingen/Paris, Gunter Narr Verlag/Editions Jean-Michel Place, p. 75-84.

Approche : analyse thématique

Peter-Eckhard Knabe met en relief les contradictions et conflits qui agitent les personnages de Camus, par-dessus tout la thématisation du conflit entre le moi et le monde, l’artiste et la société. Il interprète à la lumière de ces oppositions la notion d’absurde, mur contre lequel bute la raison. Il en arrive à la conclusion que, chez Camus, les « polémiques internes n’ont donc pas de solution rationnelle » et que, dans la polémique, « les sentiments et les expériences subjectives jouent un rôle bien plus important que les faits objectifs ou que la logique ».

Résumé par Dominique Garand,

Dans la bibliographie annotée sur le et la polémique, en fin de l’ouvrage : « Etats du Polémique », sous la direction de Annette Hayward et Dominique Garand, Canada, Ed. Nota Bene, 1998.

------

 

 

            La contradiction / le conflit intérieur « constitue l’un des aspects essentiels de la philosophie de Camus ». L’homme est sans cesse confronté à des contradictions, « condamné à l’absurde » par le manque de rationalité du monde.

 

            Le jeune Jonas est heureux d’être artiste. Il devient célèbre et se trouve enfermé dans un entourage dont les tensions et les exigences lui font perdre sa muse, il devient malheureux. Puis peu à peu, il se révolte. Il ne peint pas encore à nouveau, mais réfléchit. Il doit décider : « intime polémique, situation conflictuelle », débat interne : se perdre dans le monde, quitter le monde ? En s’en éloignant, Jonas comprend que peu importe le monde, il existe, mais sa liberté à lui est intérieure.

 

            « La conscience de la solitude et le besoin de solidarité forment un conflit absurde ». Pour Camus, « … ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. »

 

            Ce que l’auteur de l’article démontre, c’est que la « polémique interne » (de l’artiste) ne peut se résoudre, qu’il est impossible d’y trouver une solution.

 

            « Toute polémique est fondée sur une alternative, un dilemme. Elle peut évoluer dans le cadre d’une dialectique de la thèse et de l’antithèse. » « La lutte vise a priori à soumettre et à anéantir l’adversaire plutôt qu’à rechercher la vérité ».

 

            L’auteur s’attarde ensuite sur d’autres nouvelles de Camus, pour en faire ressortir la « polémique interne (absurde) » des personnages. Pour eux, le dilemme de la routine quotidienne et leur sentiment de l’absurde se cristallisent lorsqu’ils sont face à « la nécessité de faire un choix » : ils prennent alors conscience de leur propre être dans le monde, provoquant une « polémique interne », qui n’a pas de solution rationnelle. « Polémique absurde et raisonnement absurde sont vécus de l’intérieur par l’être humain. »

 

            Résumé par Maria Brilliant.