Greive, Artur. 1985. « Comment fonctionne la polémique ? », Roellenbleck, Georg. (ed.). Le discours polémique. Aspects théoriques et interprétations (Paris : Tübingen) (Gunter Narr Verlag/Editions Jean-Michel Place), 17-30

 

Résumé

 

L’auteur tente de trouver une réponse à cette question, mais aucune ne le satisfait : ni dans la littérature, ni dans les divers dictionnaires ou encyclopédies qu’il consulta. « L’art de mener la dispute » (définition de 1890 trouvée dans un lexique Meyer), lui semble un bon point de départ, associé à deux autres concepts : hostilité et démesure.

 

            L’auteur continue par indiquer les analogies des « joutes » verbales avec les luttes physiques – (ce qui sera plus tard parfaitement recensé par Kerbrat-Orecchioni dans « Le Discours Polémique » (1980, P.U.Lyon)). Mais la question reste posée : comment cela fonctionne-t-il ?

 

            Il peut y avoir deux instances de polémique, l’une visant à « réduire au silence » l’adversaire, l’autre à « faire s’élaborer une opinion…., à persuader dans une dispute scientifique,… ». La polémique ne sert parfois qu’ « à manipuler un tiers contre la personne attaquée, ou à constituer une propagande pour le point de vue du locuteur » .

 

            Par des exemples de termes utilisés dans une polémique politique, ainsi que par des automobilistes, l’auteur montre que la « polémique implique toujours que celui qui polémique reste toujours en deçà d’une norme de bienséance et d’objectivité ». On peut également « polémiquer » sur quelle est « la limite entre une critique acceptable et une polémique agressive ». Le linguiste ne peut pas trancher sur ces normes, mais il doit indiquer que « des normes sont en jeu » dès qu’il y a polémique. Normes transgressées, qui visent à déstabiliser l’interlocuteur.

 

            Parmi plusieurs exemples que donne l’auteur de transgressions de normes (conventions sociales), l’on peut citer des injures, des métaphores ironiques (que ce soit chez les automobilistes ou dans l’ « arène » politique), un « langage figuré » ; par une réflexion linguistique sur la métaphore, du fait qu’il existe « un rapport de détermination entre le mot au sens propre et son contexte », c’est le contraire qui se produit avec la métaphore : un rapport de « dissemblance ». Le discours polémique vise « à tromper l’attente de l’interlocuteur » ; il a donc une dimension linguistique, car « aspire à la rupture d’un contexte », en s’appropriant « les phénomènes intralinguistiques de la rupture de contexte ».

 

            Toute cette « joute verbale » se joue sur les « formes linguistiques qui y apparaissent », dans une polémique « offensive » ; or, « pour qu’il y ait polémique, il faut au moins deux personnes ». Il s’agit donc de déceler s’il existe des signes caractéristiques également d’une polémique défensive : thématique directe et thématique indirecte.

 

    D’une part, l’attaque est la meilleure défense (donc mêmes formes), mais il existe également des caractéristiques spécifiques de la polémique défensive : entre autres, retourner sur son adversaire l’arme qu’il avait utilisée, et des remarques  dépréciatives. Souvent, des attaques sont surtout destinées aux tiers, sous un semblant de défense.

 

    D’autre part, il existe ce que l’auteur nomme « la thématisation indirecte de la polémique adverse ». Polysémie des mots, des figures rhétoriques. Dans la communication linguistique, l’une des pôles est la catégorie du dialogue didactique : « propositions interrogatives et affirmatives (…) prédominent, le dialogue se construit en un contexte cohérent. » C’est tout le contraire qui se construit dans la polémique, où domine « la contre-détermination », ce qui cause à la lutte verbale d’être une « communication qui a pour vocation de se détruire elle-même ». « Cette lutte atteint alors une limite où elle menace de basculer en un conflit physique ».

   

    Résumé par Maria Brilliant.