Clavien, Gaëtan. 2003. « Polémique(s) et discours raciste », Grevisse, Benoît & Annick Dubied (éds). Recherches en Communication 20, « La Polémique Journalistique » (Louvain-La-Neuve : Université catholique de Louvain), p 101-108.

Résumé

Aujourd’hui, de plus en plus de controverses se débattent « sur la scène médiatique », souvent sur un mode passionné. L’auteur indique plusieurs exemples qui montrent qu’en de nombreux cas, il s’agit de polémiques qui se nouent autour de « l’Altérité », présentant des propos apparentés au racisme.

L’auteur cite C. Kerbrat-Orecchioni dont l’une des définitions de la polémique serait « petite guerre »… « simulacre ou substitut de la guerre littérale ». En partant du fait que l’on se permet parfois des écarts de langage dans « la joute polémique », l’auteur admet qu’une certaine ambiguïté « apparaît problématique » dans le cas de polémiques qui mettent en lumière une certaine forme de racisme. Il en fut ainsi dans l’affaire des « fonds juifs » non restitués par les banques suisses, lorsque le président de la confédération, en 1997, prononça les mots « chantage » et « rançon » pour « qualifier certaines exigences financières émises par des organisations juives ». Cela marque le début de la résurgence, dans l’espace public, d’un discours antisémite dont l’auteur fournit plusieurs exemples.

« La disqualification de la cible » se fait par une rhétorique connue, qui utilise « l’insinuation diffamatoire », l’amalgame, etc., en y ajoutant une « catégorisation racisante » par l’appartenance de la cible à un groupe caractérisé par des « traits stéréotypiques enregistrés et stabilisés ». Ainsi, lorsqu’on désigne quelqu’un, ou un groupe, de « juif », de « nègre », et autres, cette personne ou ce groupe se trouve être totalement déterminé par cette appellation et est privé de caractères autres que ceux de cette catégorie. De plus, pour voiler un tel discours, d’autres stratégies discursives y sont intégrées telles que l’utilisation du conditionnel, les tournures indirectes, « l’anonymisation » et autres.

L’auteur reprend une catégorisation de l’espace polémique dans l’espace médiatique en précisant que selon ce qu’un journal accepte ou pas de publier, la manière dont il le fait, à qui il donne la parole (et à qui il l’ôte), les courriers de lecteurs par thèmes qu’il choisit ou pas de publier, fait que le journal opte ainsi entre l’engagement ou la neutralité.

L’auteur insiste également sur la distinction entre la polémique de fond et la polémique de forme, en concluant que « dès lors que la dimension “normative” de la polémique comme “mode de traitement privilégié de quelques grands problèmes permanents” » est récupérée (formule de C. Plantin), l’espace médiatique peut être régulé par l’entrecroisement des voix participant à la dynamique de la polémique. »

Résumé : Maria Brilliant