O'Sullivan, Patrick B. & Andrew J. Flanagin (sans date). An Interactional Reconceptualization of “flaming” and Other Problematic Messages.

http://my.ilstu.edu/~posull/flaming.htm [consulté le 10/08/2009]

Résumé

Cet article étudie un phénomène de violence verbale en ligne appelé « flame ». Si les travaux sur la communication médiatisée par ordinateur (CMO) se sont penchés sur ces « flames », interactions hostiles ou insultantes qui surgissent dans le cadre de discussions entre internautes, ils n’en ont pas pour autant offert de définition précise. De plus, les résultats sont biaisés par le fait que les « flames » ont été cantonnés dans la CMO au lieu d’être examinés dans le contexte plus vaste des interactions de types divers où ils apparaissent. L’article se propose de passer en revue la littérature sur le sujet dans les écrits populaires et scientifiques, pour ensuite présenter un modèle d’analyse des interactions problématiques valables aussi bien online qu’offline.

Les termes de « flame » et « flaming » ont fait leur apparition dans les métadiscours sur l’internet et ont désigné, dans la littérature non savante sur le sujet, des messages incendiaires comprenant des critiques personnelles et des attaques vicieuses souvent exprimées de façon insultante et inappropriée. Le phénomène, qualifié de non-constructif et attribué à des locuteurs qui prennent plaisir à semer le trouble (les « trolls »), a été perçu comme propre à la CMO. La littérature savante fait écho à ces conceptions, liant les « flames » définis comme messages hostiles et provocateurs, expression agressive de sentiments hostiles, à un type d’interaction libérée des contraintes du face à face et, de ce fait, propice à la violence verbale. Bien que ces thèses aient été remises en question par divers travaux, elles continuent à faire autorité dans le domaine.

Les auteurs s’en prennent d’abord aux définitions courantes qui restent ambiguës : elles voient dans les « flames » (a) une critique directe et abrupte, (b) des messages contenant un langage hostile (c) des messages provocateurs et non-conformes. Or, ces divers éléments, passablement hétérogènes, ne sont pas des « flames » en soi, et le message isolé ne peut suffire à dégager ceux-ci. Pour que le phénomène existe, il faut qu’il soit perçu comme tel par les internautes en fonction du contexte de l’interaction et des normes du groupe. Qui plus est, O’ Sullivan et Flanagin  refusent toute condamnation a priori et proposent d’observer ce qui se passe sur le terrain en considérant que les interactions polémiques ne sont pas nécessairement négatives et peuvent remplir des fonctions diverses. Enfin, les auteurs proposent de lier le phénomène à ce qui émerge sous d’autres appellations dans les interactions en face à face, et de minimiser, au profit des choix individuels, le déterminisme technologique qui rapporte la propension aux « flames » au format dés-individué du Net.

Suite à ces mises au point, l’article propose de considérer les « flames » comme un  type parmi d’autres d’interactions problématiques et de les étudier en fonction des normes qui régissent les interactions – la « netétiquette », mais aussi les normes propres à un environnement social ou professionnel spécifique, et les normes régissant une interaction particulière. Les normes qui gouvernent la production et l’interprétation des messages déterminent leur degré de propriété. Ces normes peuvent être violées dans un but particulier ou de façon non intentionnelle. L’usage de « flames » est complexe dans la mesure où les différents types de normes – sociales, locales, interpersonnelles, etc. peuvent coexister, être en conflit, varier d’un média à l’autre,… Les auteurs proposent en conséquence un modèle multidimensionnel d’appréciation qui prend en compte l’intention de l’émetteur et l’interprétation qu’en font le destinataire direct, d’une part, et l’observateur extérieur, d’autre part. Le « flame » véritable exige que l’émetteur ait l’intention de transgresser une règle, et que cette transgression soit perçue comme telle aussi bien par le destinataire direct que par le tiers. Il est à distinguer des « flames » manqués (« failed flames ») qui ne sont repérés ni par le destinataire ni par le tiers, et des « flames » inaperçus que le destinataire, contrairement au tiers, ne perçoit pas (missed flames »). Il se différencie  aussi des violations qui dérivent non d’une intention de transgression, mais d’une mauvaise gestion de la communication. L’auteur insiste sur le fait que ce modèle s’applique à la communication ordinaire autant qu’à la CMO. Il permet de promouvoir l’étude du phénomène du « flame » en permettant de le distinguer sur la base de critères clairs, et d’en rechercher l’importance relative tout en ré-évaluant l’influence respective du format de communication et des stratégies individuelles. Au-delà, il devrait permettre d’aborder d’autres types d’interaction problématique comme le harassement sexuel et les messages de haine raciale.  

Résumé :  Ruth Amossy