Winkiel, Laura. 2006. « The Rhetoric of Violence: Avant-Garde Manifestoes and the Myths of Racial Community » (« La rhétorique de la violence : les manifestes d’avant-garde et les mythes de la communauté raciale »), Bru, Sascha, Martens, Gunther. The Invention of Politics in the European Avant-Garde (1906– 1940) (Amsterdam: Rodopi), 65–90

Texte intégral

Résumé

Laura Winkiel relie les Lumières au discours d’avant-garde. Tout d’abord, le premier, bien qu’il semble être universel, ne se réfère à la société occidentale qu’en la discriminant par rapport aux autres : elle justifie en effet la colonisation et le commerce au bénéfice des monarchies et des républiques anglo-européennes naissantes. Le second, et particulièrement le genre du manifeste, transfère les contradictions raciales du discours des Lumières à la période moderne, malgré la position ostensible de l’avant-garde contre la rationalité des Lumières. Laura Winkiel affirme par ailleurs que le discours racial du manifeste d’avant-garde se retrouve dans les formes nouvellement esthétisées des communautés politiques modernes. Les philosophies modernes construisent les sujets et les communautés en se basant sur des différences relevant de la race, tout comme le fit le genre du manifeste à l’époque, qui utilisait les mythes raciaux comme base de création de communautés rompant avec le passé pour mettre en pratique leurs libertés, et la « reconnaissance » de la communauté et de ses destinées était souvent exprimée en termes raciaux. Deux orientations politiques très différentes, par exemple, l’ultranationalisme du futurisme et du vorticisme et l’impulsion anarchique, « impraticable » du dadaïsme, ont constitué leurs communautés sur des mythes raciaux (69). Ainsi, le Manifeste du futurisme de F.T. Marinetti publié dans Le Figaro en 1909, bien qu’international par son appel aux artistes cosmopolites, est également profondément national dans sa célébration de la mobilisation nationale d’urgence en temps de guerre (72). Par contraste, le mouvement Dada, tel qu’il a été formulé par Tristan Tzara dans ses « Sept manifestes Dada » (1924), préconise une volonté de désordre, qui implique le croisement des frontières raciales dans un art anarchique déconstruisant les axiomes de la pensée logique, et avalise l’art africain comme un espace nu, mythique et ritualisé de production esthétique (77-88).

Laura Winkiel termine son article par une brève analyse des derniers manifestes d’avant-garde anticoloniaux, qui, d’après elle, se réfèrent explicitement aux contradictions de race et de modernité. Elle étudie les manifestes surréalistes de Suzanne et Aime Césaire (« En guise de manifeste littéraire » et «Carnet d’un retour vers ma terre natale »  d’Aimé Césaire (1942) et « Le surréalisme et nous » de Suzanne Césaire [1943]), qui combinent l’histoire avec le mythe pour combattre les théories organistes du nationalisme (83).

Résumé par Galia Yanoshevsky