Lefebvre, Richard. 2003. « La rhétorique du manifeste : Karl Marx, Francois-Noel Babeuf, Jean-Francois Varlet », Thèse de doctorat, Université de Montréal
Résumé :
Analyse du processus rhétorique dans une centaine de manifestes publiés essentiellement dans deux contextes sociopolitiques français différents. L’un se situe au dix-septième siècle : la rébellion de la noblesse française contre le gouvernement de la reine Marie de Médicis (1614-17) et la première révolte des Protestants contre le gouvernement de Louis XIII (1619-22) ; l’autre prend place au dix-huitième siècle, et est constitué par la suite d’épisodes révolutionnaires qui se sont déroulés entre la convocation des Etats Généraux par Louis XVI (1788) et le 18 Brumaire (1799). Lefebvre a ajouté à cela l’analyse du Manifeste du Parti communiste de Marx et de Friedrich Engels (1848), modèle de beaucoup de manifestes ultérieurs.
La thèse se concentre sur la médiation du langage et des formes discursives associées à la politique. C’est là que réside sa différence avec les études historiques des manifestes qui s’intéressent aux doctrines politiques, et avec les études littéraires qui ont négligées le manifeste politique ou l’ont appliqué aux outils analytiques adaptés à la fiction. Dans son introduction, Lefebvre fait la liste des outils comme l’analyse du discours, la théorie des actes de langage, les théories de la communication et les théories culturelles et sociologiques qui s’intéressent à l’institution de la littérature. Faisant appel à Antonio Gramsci et à Louis Althusser, sa thèse tente de développer une théorie du manifeste basée sur un large corpus qu’il a systématiquement examiné. Parmi les thèmes de cette analyse, on trouve le mode de production dans l’édition et les conceptions politiques, juridiques et philosophiques qui divisent le domaine polémique, mais aussi l’organisation et l’agencement syntaxiques (« positions du sujet ». Lefebvre conclut que, dans une perspective historique, la forme du manifeste, à l’inverse des formes qui lui sont associées (la « protestation », la « doléance » et la « remontrance ») qui sont restées liées au régime féodal, a réussi à survivre à la destruction de l’Ancien Régime en France, et est même devenue depuis un instrument vital pour les partis politiques qui prétendent représenter les masses (vii). L’auteur définit les caractéristiques rhétoriques de divers types du manifeste politique : la narration dans les manifestes de type juridique, le récit dans le type délibératif et la déclaration et l’exhortation dans presque tous les genres.
Résumé par Galia Yanoshevsky